Entretien avec un enseignant : Dominique Defert

Traducteur littéraire et enseignant à l'IEMT, Dominique Defert transmet son savoir et ses compétences aux futurs traducteurs littéraires du master TTEA

 

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Ce qui m'a conduit à enseigner : avec 40 ans d'expérience en traduction littéraire et étant toujours en activité, il est temps de transmettre aux jeunes générations. c'est dans l'ADN de Sapiens.

Parle-nous un peu de ton portfolio de traduction…

Activité de traducteur littéraire toujours en cours. 130 romans à ce jour, parmi lesquels :
Le secret des secrets, Dan Brown
Identité inconnue, Patricia Cornwell
La sentence, John Grisham
Salem, Stephen King
La Terre est un berceau, Arthur Clarke
Le zappeur de mondes, Philip K. Dick

Quelles compétences cherches-tu à développer chez les étudiants du master TTEA ?

Cesser de traduire. Apprendre à lire et à écrire. A ra-conter au sens de re-conter (conter à nouveau). Voir au-delà des mots. Trouver un chemin.
Etre systématiquement meilleur que l'IA. Explorer une terra incognita. Intriguer, surprendre, charmer.

Comment décrirais-tu ton approche pédagogique ?

On forme des traducteurs qui ne craindront pas l'IA. Parce qu'il ne seront pas des traducteurs, mais des conteurs, des auteurs. 
Apprendre la vivacité. Oublier l'anglais. Penser le texte en français. 
Deux axes : 
1) de petits exercices abordant toutes les problématiques du traducteur (entre autres les dialogues). Comment ne plus traduire de l'anglais. Retrouver l'usage naturel et inventif des outils de narration du français.
2) un mémoire pour apprendre à gérer un texte long.

Quels sont les défis actuels de la traduction littéraire ?

Plus que jamais, il faut être partial, subjectif, obsessionnel. Chaque mot est une vision du monde. Un texte est une œuvre par son caractère unique et non reproductible. La traduction est la création d'un humain. Elle n'est pas raisonnable.

Comment évalues-tu la progression des étudiants ?

Par l'échange constant. Le dialogue. Tous les exercices sont effectués en direct et corrigés devant tout le groupe. Il y a bien sûr le contrôle continu et les examens.

As-tu un conseil à donner aux étudiants qui souhaitent se lancer dans les métiers de la traduction ?

Écrire ! Peu importe quoi, mais écrire (pour être lu).
On choisit un traducteur pour sa (ou ses) plume(s). Pas pour sa connaissance de l'anglais. On recherche une sensibilité littéraire, une approche d'auteur. Même pour une article de presse, une quatrième de couverture, un scénario de jeux de table…