Un master, trois façons de traduire

Traduire une notice médicale, un roman ou un sous-titre : est-ce vraiment le même métier ?

Décryptage des trois spécialités au cœur du master TTEA.

Sur la maquette du Master TTEA, ces trois mots tiennent sur une seule ligne. Dans la réalité du métier, ils recouvrent trois façons complètement différentes de travailler un texte. Trois logiques, trois types de contraintes, trois publics. Un même diplôme, mais pas un seul métier : plutôt trois expertises que l'on peut choisir de combiner ou d'approfondir séparément.

Voici ce qui se cache derrière chacune.

La traduction technique : la précision avant le style

Ici, le texte n'existe pas pour plaire. Il existe pour qu'un geste soit fait correctement : monter une pièce, administrer un médicament, configurer un logiciel. La priorité absolue, c'est que l'information transmise soit exacte, univoque, et alignée avec la terminologie du domaine.

Concrètement, un étudiant en traduction technique peut se retrouver à traduire la notice d'un dispositif médical, où un contresens sur un dosage ou une contre-indication n'est pas une maladresse de style mais un risque réel pour la personne qui lira le texte. Ou à construire une fiche terminologique bilingue pour un client de l'énergie, avec définition, contexte d'usage et sources, avant même de traduire la moindre phrase du document final.

Le travail se fait souvent sous mémoire de traduction et TAO, avec des glossaires imposés par le client, une cohérence à tenir sur des centaines de pages, et des outils de contrôle qualité automatisés à interpréter. La compétence recherchée n'est pas la créativité : c'est la capacité à comprendre un domaine technique assez profondément pour repérer une erreur que ni le client ni la machine n'auraient vue.

La traduction éditoriale : restituer une intention, pas des mots

Le texte éditorial (littérature, presse, essai, contenu de marque) a un objectif inverse : il doit produire un effet. Une émotion, une adhésion, une tonalité. Traduire mot à mot un texte éditorial, c'est souvent le trahir.

Concrètement, cela peut vouloir dire retravailler un slogan publicitaire qui joue sur une sonorité ou une référence culturelle intraduisible telle quelle, en cherchant non pas l'équivalent des mots mais l'équivalent de l'effet recherché sur un lecteur francophone. Ou traduire un extrait littéraire en tenant une voix narrative cohérente sur plusieurs chapitres, un choix de niveau de langue fait au chapitre 1 doit encore tenir au chapitre 12.

C'est un travail d'écriture autant que de traduction. Il demande une lecture fine du texte source pour identifier ce qui, dans le style, porte réellement le sens, et le courage de s'éloigner de la lettre du texte quand c'est ce qui sert le mieux l'intention de l'auteur.

La traduction littéraire pousse cette logique à son maximum. Là où un texte de marque doit rester efficace sur quelques lignes, un roman ou un recueil de nouvelles impose de tenir une voix sur plusieurs centaines de pages : un même parti pris de traduction, pris au chapitre 1, doit encore se justifier au chapitre 20. C'est aussi la branche où le traducteur assume le plus directement un rôle de co-auteur. Son nom apparaît sur la couverture, sa lecture du texte engage sa responsabilité artistique autant que linguistique.

La traduction audiovisuelle : traduire sous contrainte de temps et d'espace

Le sous-titrage, le doublage et l'audiodescription ajoutent une dimension que les deux autres branches n'ont pas : une contrainte physique. Un sous-titre a un nombre de caractères maximum et un temps de lecture à respecter ; une réplique doublée doit se caler sur les mouvements de bouche à l'écran ; une audiodescription doit se glisser dans les silences du programme sans jamais empiéter sur les dialogues.

Concrètement, un étudiant qui travaille sur du sous-titrage place les points d'entrée et de sortie d'un sous-titre image par image, en arbitrant en permanence entre fidélité au dialogue et vitesse de lecture du spectateur, s sachant qu'une réplique trop longue à l'écran force à couper du sens, pas seulement des mots. Sur un exercice de doublage, l'enjeu est de trouver une formulation qui dise à peu près la même chose que la version originale, dans le même nombre de syllabes, avec les bonnes occlusives sur les gros plans.

C'est une traduction sous double contrainte : celle du sens, et celle du support. Le texte final n'est jamais autonome : il doit fonctionner avec une image, un rythme, une voix.

Trois métiers, une même colonne vertébrale

Ce qui relie ces trois branches, ce n'est pas une méthode commune de traduction : elle diffère radicalement d'une branche à l'autre. C'est une même colonne vertébrale : la capacité à identifier ce qui, dans un texte, doit absolument être préservé, et ce qui peut ou doit être réécrit pour que le texte remplisse sa fonction dans la langue d'arrivée. Un traducteur technique protège l'exactitude. Un traducteur éditorial protège l'effet. Un traducteur audiovisuel protège tout cela à la fois, et la synchronisation avec l'image.

C'est cette capacité de jugement, et non la maîtrise d'un logiciel ou d'une paire de langues, qui fait la valeur du métier, quelle que soit la branche choisie. Le master TTEA permet justement de se spécialiser dans une, deux, ou plusieurs de ces voies, en gardant ce socle commun de méthode et de rigueur.